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Les effets dangereux des sondages

April 18, 2017

 

Vous vous demandez sûrement pourquoi un institut de sondage écrit un tel article? Tout simplement parce que nous défendons une certaine éthique de notre profession et donc aussi pour dénoncer les abus qui sont fait dans l'utilisation de cet outil.

 

Les premiers consommateurs de sondages politiques sont avant tout les hommes politiques qui s'en servent pour comprendre les attentes des électeurs ainsi que leur perception des grands sujets sociétaux ou de leur image.

 

C'est plutôt une bonne chose que de se préoccuper de ses concitoyens, en revanche c'est plus inquiétant de savoir que ces sondages sont utilisés afin de bâtir une offre électorale. Faire de la politique c'est avant tout avoir des convictions, des valeurs, une certaine vision de la conduite d'un mandat et non pour présenter une offre politique marketing. C'est un peu comme si une marque de parfum voulait développer un nouveau parfum juste en comparant ses tests consommateurs avec les parfums les plus vendus en perdant au passage son âme et toute originalité pour plaire au plus grand nombre...tous les parfums finiraient à la longue par se ressembler et décourager les consommateurs.

 

Les plus grands diffuseurs et commentateurs de sondages sont bien évidemment les médias. Un sondage est une information pertinente surtout quand le résultat paraît aux yeux des électeurs comme une prédiction. Evidemment et c'est logique, les médias se concentrent sur les candidats les mieux placés commentant même des évolutions de 0,5% en expliquant que tel candidat est désormais en tête alors que la veille il était en seconde position...ce qui statistiquement ne veut strictement rien dire.

 

Il est également à noter que, dans le cadre d'une élection présidentielle, le temps de parole des candidats est surveillé par le CSA. Selon les principes du CSA, pendant la période d'équité(*) celui-ci tient compte de « La représentativité du candidat (qui) repose notamment sur…les indications de sondages d’opinion réalisés et publiés conformément à la loi ».

 

Le temps de parole et donc de visibilité d'un candidat sont donc influencés par le "score" du candidat à l'occasion d'un sondage.

 

Enfin, les électeurs également téléspectateurs, auditeurs radio, lecteurs de presse, ... analysent ces sondages tels qu'ils sont présentés comme une "photographie" avec de plus en plus de scepticisme depuis l'élection présidentielle de 2002 et plus récemment du Brexit, de l'élection de D. Trump, etc... mais toujours avec intérêt. 

 

Quand on les interroge, ils sont de plus nombreux à voter en "stratèges" en tenant compte des sondages non plus pour un vote d'adhésion mais pour choisir le candidat qui aura le plus de chance au second tour de l'emporter face au candidat qu'ils ne veulent surtout pas voir gagner ou pour éviter de se retrouver face à un choix cornélien voir impossible à faire. C'est ce qu'on appelle le vote utile.

 

Alors que faire?

 

Même si depuis quelques temps, quelques temps seulement, les instituts publient les marges d'erreur, voir même des fourchettes d'intentions de vote ou encore un niveau d'indécision, les résultats sont présentés sans en tenir compte. Comme si la course était terminée, comme si les intentions de vote étaient gravées dans le marbre, comme si l'ensemble des indécis n'allait pas voter.

 

Exemple:

 

 

Cette présentation est purement et simplement une escroquerie intellectuelle, grossissant artificiellement les résultats et donnant l'impression que finalement les jeux sont faits alors qu'en réalité, en tenant compte de l'indécision et de la solidité des intentions de vote pour chaque candidat, la photographie la plus approchante du résultat réel du même sondage pourrait être présentée comme suit...

 

 

 

 

Ce graphique a le mérite de ne montrer que le résultat obtenu par les électeurs sûrs de leur choix. Cette représentation n'est pas compliquée à lire ou à comprendre pour n'importe lequel des électeurs et sûrement plus honnête "intellectuellement" montrant que l'élection n'est pas faite et que le report des indécis peut encore faire basculer le résultat, non?

 

Si l'on voulait être totalement puriste, il faudrait également intégrer dans un graphique les marges d'erreur, dans ce cas, la représentation du résultat du sondage pourrait être:

 

 

 

Certes cette représentation n'est pas très "sexy" mais avec un peu de pédagogie elle représente le mieux la réalité "photographique" du sondage. On peut non seulement voir que le résultat s'inscrit dans une fourchette mais également expliquer que lorsque les intervalles se chevauchent (exemple: le plus bas score de Le Pen est inférieur au meilleur score de Macron) alors il n'y a pas d'écart entre les deux candidats ! 

 

Il nous semble que cette information pourrait intéresser les futurs électeurs et plutôt que de les décourager, pensant que les jeux sont faits, une telle présentation aurait surement un impact positif sur la mobilisation des électeurs et donc d'une démocratie mieux exprimée.

 

 

 

 

 

(*) Selon le CSA:  l'appréciation de la notion d'équité se fonde sur deux séries d’éléments :la représentativité des candidats qui prend en compte, en particulier, les résultats du candidat ou de la formation politique aux plus récentes électionsla capacité à manifester concrètement leur implication dans la campagne : organisation de réunions publiques, participation à des débats, désignation d'un mandataire financier et, plus généralement, toute initiative permettant de porter à la connaissance du public les éléments du programme du candidat.

 

 

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